Deuxième volet de notre série de l'été sur les congés des assistants familiaux. Retrouvez le premier article, consacré au choix de partir avec ou sans les enfants accueillis.

Dans le premier volet, nous parlions du cœur : partir avec ou sans les enfants accueillis, et l'absence totale de jugement que mérite ce choix. Mais il y a un sujet dont on parle beaucoup moins, souvent par pudeur, et qui pèse pourtant lourd dans la balance : l'argent. Car partir avec des enfants accueillis, ce n'est pas neutre pour le porte-monnaie. Et les aides censées soulager les familles se retournent parfois contre les assistants familiaux.

Plus d'enfants, c'est plus de frais

Cela paraît évident, mais rappelons-le clairement. Chaque enfant accueilli emmené en vacances, c'est :

  • un logement plus grand, donc plus cher (un gîte ou un mobil-home de 6 ou 8 places au lieu de 4) ;
  • des loisirs multipliés : entrées de parcs, activités, glaces, sorties, tout se compte par tête ;
  • du transport en plus, parfois un véhicule plus grand, plus de carburant, ... ;
  • des repas et des à-côtés qui grimpent vite quand la tablée s'agrandit.

Pour une famille d'accueil, ces surcoûts ne sont pas une abstraction. Ils font, chaque été, la différence entre un départ possible et un départ abandonné.

Que prend en charge votre employeur ?

C'est là que les choses se compliquent, car il n'existe pas de règle unique. La prise en charge des vacances dépend entièrement de l'employeur, département ou association, et les pratiques sont d'une variété déconcertante d'un territoire à l'autre.

Certains employeurs prévoient une participation aux frais de vacances de l'enfant accueilli, une aide au séjour, une prise en charge partielle de l'hébergement ou des activités. D'autres ne prévoient... rien. L'indemnité d'entretien quotidienne continue de tomber, certes, mais elle n'a jamais été pensée pour couvrir le surcoût réel d'un départ en vacances.

Et vous, que prend en charge votre employeur ? C'est une question que nous voulons poser à toute la communauté. Les écarts sont tels qu'il serait précieux de les documenter, département par département. Partagez votre expérience en commentaire : votre témoignage aidera d'autres collègues à savoir ce qu'ils sont en droit de demander, et nourrira nos prochains articles.

Le piège du CNAS

Beaucoup d'assistants familiaux employés par un conseil départemental relèvent du CNAS (Comité national d'action sociale), l'équivalent d'un comité d'entreprise pour de nombreuses collectivités. Parmi ses prestations figure une subvention aux locations de vacances. Sur le papier, une bonne nouvelle. En pratique, un piège bien connu des familles d'accueil.

La subvention est en effet calée sur la composition familiale déclarée. Or un assistant familial qui part avec ses enfants accueillis a besoin d'un logement plus grand que sa seule famille « officielle ». Résultat, selon les retours de nombreux collègues : une famille de quatre personnes qui loue un gîte de sept ou huit couchages (souvent parce que les deux couchages supplémentaires ne sont qu'un canapé-lit) se voit refuser la subvention, au motif que le logement est trop grand pour sa composition familiale.

L'assistant familial est alors doublement perdant : il paie plus cher parce qu'il lui faut un logement plus grand pour accueillir tout le monde, et il paie plus cher encore parce que cette taille de logement lui fait perdre l'aide à laquelle il aurait eu droit pour un séjour « en famille restreinte ». Les enfants accueillis, invisibles dans le calcul, coûtent donc deux fois.

(Les conditions du CNAS évoluent et varient : vérifiez toujours le barème en vigueur auprès de votre correspondant.)

Les aides VACAF et l'abattement spécifique

Autre dispositif, autre subtilité. Les aides VACAF de la CAF, notamment l'aide aux vacances familles (AVF), permettent de financer une partie d'un séjour dans une structure labellisée. L'aide couvre, selon les caisses, de 40 % à 80 % environ du coût du séjour, dans la limite d'un plafond, et dépend du quotient familial de janvier. Elle est réservée aux allocataires ayant au moins un enfant à charge, et le plus souvent conditionnée à un départ pendant les vacances scolaires. Chaque CAF départementale fixe ses propres règles.

Bonne nouvelle pour les assistants familiaux : grâce à l'abattement fiscal spécifique dont ils bénéficient, leur revenu imposable, et donc leur quotient familial, est mécaniquement abaissé. Beaucoup d'AF deviennent ainsi éligibles à des aides VACAF auxquelles leur salaire brut ne leur donnerait pas accès. C'est un vrai levier, trop peu connu.

Mais là encore, un obstacle surgit dès qu'on part avec les enfants accueillis. L'aide est calculée sur la composition familiale que la CAF vous reconnaît, c'est-à-dire vos propres enfants à charge. Les enfants accueillis n'en font pas partie. Concrètement, la part de la location correspondant aux enfants accueillis est retirée au prorata du montant pris en charge : vous louez plus grand pour eux, mais l'aide ne couvre que la part « famille CAF ». Une fois de plus, le surcoût des accueillis reste intégralement à votre charge.

Partir hors des vacances scolaires : l'économie qu'on vous refuse

Il existe pourtant un levier d'économie simple et considérable : partir hors des périodes de vacances scolaires. Une location en fin juin ou tout début juillet peut coûter deux à trois fois moins cher qu'en plein mois d'août. Et l'on ne parle pas ici de retirer un enfant de l'école en pleine année : bien souvent, il s'agit des tout derniers jours de classe, ceux où plus aucun apprentissage n'a lieu, où l'on regarde des films et où l'on vide les casiers.

Or beaucoup d'employeurs refusent ces départs, même de quelques jours, même quand ils ne participent pas financièrement au séjour. C'est un paradoxe difficile à comprendre : on interdit à l'assistant familial une souplesse qui ne coûte rien à l'institution, et qui lui permettrait pourtant de réaliser de vraies économies, donc d'offrir des vacances qu'il ne pourrait pas se payer autrement.

Et puisque l'on nous oppose l'école, parlons-en franchement. Comment justifier ce refus au nom de l'obligation scolaire, quand, dans le même temps, des enfants placés restent déscolarisés pendant des semaines, parfois des mois, faute de place pérenne trouvée par le département ? Quand c'est l'institution qui est en défaut, l'obligation scolaire devient soudain silencieuse. Mais quand un assistant familial demande à partir trois jours avant la fin de l'année pour diviser par deux le prix de sa location, elle redevient un argument. Cette incohérence mérite d'être posée sur la table.

En résumé

Financer des vacances avec les enfants accueillis, c'est souvent avancer sur un terrain miné : des frais qui grimpent avec chaque enfant, des employeurs dont la participation va de généreuse à inexistante, et des aides (CNAS, VACAF) conçues pour une famille « standard » qui pénalisent précisément ceux qui accueillent en plus. Le résultat est toujours le même : c'est l'assistant familial qui paie la différence.

Ce n'est pas une fatalité. Connaître ces dispositifs, comparer les pratiques d'un département à l'autre, oser demander à son employeur, c'est déjà commencer à rétablir un peu d'équilibre. Et c'est aussi l'un des combats de fond de notre profession.

Dans notre prochain volet, nous parlerons du droit au repos : ces relais introuvables en juillet-août et ces congés que la majorité des assistants familiaux ne prennent jamais entièrement.


Cet article fait partie de notre série estivale. Dites-nous en commentaire ce que prend en charge (ou non) votre employeur : nous compilerons vos retours pour la communauté.

Sources : conditions VACAF / aide aux vacances familles (CAF, barèmes 2026, variables selon les caisses) ; règles CNAS relatives aux subventions location (à vérifier auprès de votre correspondant) ; régime de l'abattement fiscal spécifique aux assistants familiaux.