Premier volet de notre série de l'été consacrée aux congés des assistants familiaux.

Les valises s'entassent dans l'entrée. Sur le frigo, le calendrier de juillet et d'août se remplit de croix. Et, chaque année à la même période, une question revient dans presque toutes les familles d'accueil : part-on avec les enfants accueillis, ou sans eux ?

Posée comme ça, la question paraît simple. Elle ne l'est jamais. Derrière chaque réponse, il y a une histoire de famille, un parcours d'enfant, une organisation, un budget, une fatigue, un attachement. Et surtout, il y a autant de bonnes réponses qu'il y a d'assistants familiaux. C'est de cela que nous voulons parler aujourd'hui, sans donner de leçon à personne.

Un choix que personne ne devrait avoir à justifier

Disons-le d'emblée, car c'est le fil de tout cet article : il n'y a pas de bon et de mauvais choix. Il y a des situations, des tempéraments, des enfants différents, et des décisions qui se prennent au cas par cas, souvent dans la nuance et parfois dans le déchirement.

Certains collègues vous diront qu'ils aiment profondément les enfants qu'ils accueillent, et que c'est précisément pour cela qu'ils ont besoin, une fois par an, de vrais congés, pour tenir le reste de l'année. D'autres ne se voient tout simplement pas partir sans eux, parce que les laisser derrière serait, pour eux, impensable. Les deux ont raison. Personne, dans cette profession, n'a plus raison qu'un autre.

Quand on a encore ses propres enfants à la maison

Pour les assistants familiaux qui vivent encore avec leurs enfants, la question a deux visages.

D'un côté, partir avec les enfants accueillis est parfois plus simple. Quand on a déjà des enfants, on choisit de toute façon des lieux de vacances pensés pour eux : le camping avec le club enfants, la location près de la plage, la région où il y a « de quoi faire » quand on a six ou dix ans. Ajouter un enfant accueilli dans ce cadre-là, c'est presque naturel, tout est déjà adapté.

De l'autre côté, il y a une réalité que l'on dit rarement à voix haute : l'été est souvent le seul moment de l'année où l'on peut être uniquement avec ses propres enfants. Le reste de l'année, la maison vit au rythme des accueils, des rendez-vous, des visites, des rythmes de chacun. Ces quelques semaines sont parfois la seule parenthèse pour se retrouver en famille « restreinte ». Choisir de la préserver n'est pas un manque d'attachement à l'enfant accueilli. C'est une respiration légitime, pour soi et pour ses propres enfants.

Entre les deux, beaucoup trouvent un équilibre : partir avec tout le monde, mais inscrire de temps en temps l'enfant accueilli au club enfants du camping ou du village de vacances. Non pas pour s'en débarrasser, mais pour s'offrir quelques moments privilégiés avec ses propres enfants, ou pour faire des activités que l'écart d'âge rend impossibles autrement, quand l'enfant accueilli est beaucoup plus jeune. Ces petits arrangements ne trahissent personne : ils permettent simplement à chacun d'y trouver son compte.

Quand la maison s'est vidée de ses enfants

La situation est encore différente pour les assistants familiaux dont les enfants ont grandi et quitté le foyer.

Là, partir avec un enfant accueilli n'est plus « un enfant de plus » dans une tribu qui part de toute façon avec des enfants. C'est un choix qui transforme complètement la nature des vacances. Ces collègues pourraient, s'ils le décidaient, partir sans aucun enfant : en couple, entre amis, au rythme des adultes, avec des vacances qui ne ressemblent plus du tout à des vacances d'enfants.

Emmener un enfant accueilli dans ce contexte, c'est renoncer à ce type de séjour. Le sacrifice n'est pas de même nature que pour une famille avec enfants : il est plus grand, plus visible, plus assumé. Et c'est justement pour cela qu'il force le respect, quel que soit le choix final.

Autant d'histoires que d'accueils

Si le métier d'assistant familial existe bien, il faut reconnaître qu'il recouvre des réalités si diverses qu'aucun collègue ne le vit tout à fait comme un autre. Et cette diversité pèse directement sur la question des vacances.

Il y a celles et ceux qui accueillent des enfants tout petits, sur de très longues périodes, avec peu ou pas de droits de visite. Pour eux, l'enfant accueilli fait pleinement partie de la famille, au quotidien, sans interruption ; l'idée de partir sans lui ne se pose presque pas.

Il y a celles et ceux qui accueillent des enfants placés plus tard, avec des droits de visite nombreux, un lien familial toujours très présent, des allers-retours réguliers. Le rapport à l'été, aux séparations, aux départs, ne se vit pas du tout de la même manière.

Entre ces deux extrêmes, il existe mille profils intermédiaires. C'est pourquoi comparer les choix de deux assistants familiaux revient souvent à comparer deux métiers qui portent le même nom.

C'est aussi ce qui explique une situation qui peut, de l'extérieur, surprendre : certains assistants familiaux partent avec une partie seulement de leurs accueillis. Prenons un collègue qui accueille deux enfants. Le premier est arrivé à quelques jours de vie et a aujourd'hui huit ou dix ans : il a grandi dans la famille, il en fait pleinement partie. Le second est arrivé à huit ans, en a neuf aujourd'hui, et traverse des difficultés médicales ou de comportement qui rendent chaque départ plus lourd à porter. Partir avec l'un et pas avec l'autre peut sembler dur, voire choquant. Mais l'ancienneté du lien, l'attachement et la réalité de la prise en charge ne se décrètent pas. Là encore, c'est un choix profondément personnel, qui ne se juge pas depuis l'extérieur.

Faire la part des choses ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.

Ni héros, ni tièdes

Le vrai piège, dans cette période, c'est le regard des autres. Le collègue qui part sans les accueillis n'est pas un mauvais professionnel. Celui qui ne part jamais sans eux n'est pas un martyr ni un donneur de leçon. Chacun compose avec son histoire, son foyer, ses enfants accueillis et ses limites, et fait de son mieux.

Alors avant de juger, ou de se sentir jugé, rappelons-nous cette évidence : dans ce métier, la seule boussole valable, c'est le bien-être de l'enfant et l'équilibre de la famille d'accueil. Le reste n'appartient qu'à chacun.

Et pour l'enfant, des vacances enfin sans rendez-vous

On l'oublie souvent : les enfants accueillis ont, pour beaucoup, un suivi très dense. Orthophoniste, psychomotricien, kinésithérapeute, psychologue, les rendez-vous s'enchaînent toute l'année et ne s'arrêtent presque jamais. Pour ces enfants, les vacances sont parfois la seule vraie pause de l'année : le seul moment où l'agenda se vide, où l'on ne court plus d'un cabinet à l'autre, où l'on peut juste être un enfant en vacances. Partir, ou même rester à la maison mais lever le pied, c'est aussi leur offrir cette respiration-là. Un argument qui, à lui seul, éclaire bien des choix.

Ce que nous verrons cet été

Cet article ouvre une série que nous publierons tout au long de l'été. Parce que derrière la question « avec ou sans les enfants accueillis » se cachent d'autres sujets, très concrets, qui méritent chacun leur place :

  • Le nerf de la guerre : l'argent. Plus d'enfants, c'est plus de frais : logement, loisirs, transport. Que prennent en charge les employeurs ? Et pourquoi certains dispositifs comme le CNAS ou les bons VACAF se retournent-ils parfois contre les familles d'accueil ? Ce sera l'objet de notre article sur le financement des vacances avec les enfants accueillis.

  • Le droit au repos. Trouver un relais en juillet-août relève parfois du casse-tête, et les chiffres sont éloquents : une large majorité d'assistants familiaux ne prend pas la totalité de ses congés. Nous y consacrerons un article sur les congés des assistants familiaux.

  • Le droit de l'enfant aux vacances. Certains enfants placés ne sont jamais partis, n'ont jamais vu la mer. Et il arrive qu'un départ pourtant validé soit refusé par un parent pour ne pas manquer un droit de visite d'une heure ou deux. Nous interrogerons ce droit trop souvent oublié dans notre article sur le droit de l'enfant accueilli à partir en vacances.

  • Quand les vacances sont imposées. Que se passe-t-il lorsque tous les enfants accueillis partent en droit d'hébergement et que l'employeur impose un relais ou des congés ? Et comment un enfant vit-il le fait que quelqu'un dorme dans sa chambre, dans son lit, pendant son absence ? Un sujet sensible que nous traiterons dans un article dédié aux relais et congés imposés.

  • Quand le départ tourne mal. Fugue, plainte d'un parent pour non-présentation malgré l'accord des services et du juge : les vacances ne se déroulent pas toujours comme prévu. Nous refermerons la série par un grand appel à témoignages, dans notre dernier volet consacré aux départs qui dérapent.

En attendant, à toutes et à tous, quel que soit votre choix cette année : de belles vacances. Avec, ou sans. Et sans culpabilité.


Cet article est le premier d'une série estivale. Vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations ? Partagez votre expérience en commentaire, elle nourrira les prochains volets.