Il y a des enfants dont la vie a été cabossée très tôt. Séparés de leur famille, ballottés parfois d'un foyer à l'autre, portant des histoires que personne ne devrait porter si jeune. Ces enfants-là ont besoin de soins, de stabilité, d'adultes bienveillants. Tout ça, on le sait.

Mais ils ont aussi besoin d'autre chose — de plus simple, de plus léger : des moments de bonheur.

Un match de foot avec la famille qui les accueille. Un spectacle qui les fait rire aux éclats. Une journée dans un parc où ils oublient tout. Ces moments-là ne règlent rien. Ils ne réparent pas les blessures. Mais ils existent, ils sont réels, et ils restent.

C'est l'idée derrière le nom Graines de Souvenirs : planter de petites graines de joie dans des vies parfois très sombres. Des graines qui pousseront longtemps après — un souvenir positif ancré pour toujours, au milieu d'une enfance qui n'en a pas toujours eu beaucoup.

Ces enfants méritent d'avoir des histoires à raconter. De pouvoir dire "je me souviens, ce jour-là on était allés voir un match, c'était incroyable". D'être, le temps d'une sortie, comme les autres enfants — ceux qui sortent en famille, qui rient, qui vivent.

C'est pour eux que ce projet existe.

Le constat : une inégalité silencieuse

Dans un foyer de l'Aide sociale à l'enfance, les sorties font partie du quotidien. Les établissements disposent de budgets dédiés, de partenariats avec des clubs sportifs, de billets à tarif réduit ou gratuits obtenus auprès de collectivités et d'entreprises locales. Résultat : un enfant placé en foyer peut assister à un match de Ligue 1, visiter un musée, un zoo — sans que cela représente une charge financière pour les équipes éducatives.

En famille d'accueil, c'est une autre réalité.

L'assistant familial accueille l'enfant dans son foyer, dans sa famille. Une sortie, c'est rarement une personne — c'est 5, 6, parfois 7 personnes. Et le budget loisirs alloué par les conseils départementaux est souvent dérisoire. Dans le Pas-de-Calais (CD62) par exemple, l'allocation loisirs mensuelle est de 13 € par mois. C'est un exemple parmi d'autres : dans votre département, la réalité est probablement similaire.

Résultat : les enfants placés en famille d'accueil ont structurellement moins accès aux loisirs, à la culture, au sport — non pas par manque de volonté de leurs familles d'accueil, mais par manque de moyens concrets.

Les CSE et COS : quand les enfants placés sont les grands oubliés

On pourrait espérer que les comités sociaux et économiques (CSE) et les comités des œuvres sociales (COS) comblent une partie de ce manque. Dans les faits, c'est souvent l'inverse.

La plupart des organismes d'action sociale — y compris des structures nationales de référence comme le CNAS (Centre National d'Action Sociale de la Fonction Publique Territoriale) — ne prennent tout simplement pas en compte les enfants placés dans le calcul des droits des assistants familiaux. Concrètement : le nombre de places de cinéma, de réductions sur les loisirs, ou de subventions pour les séjours vacances est calculé sur la base de la composition familiale légale de l'agent — sans tenir compte des enfants accueillis.

Résultat : un assistant familial qui part en vacances avec les enfants qu'il accueille peut se voir refuser ou retirer une subvention au motif qu'il "dépasse" sa composition familiale. L'enfant placé, pourtant confié à sa garde par le Département, n'existe tout simplement pas dans les critères du CSE.

Ce n'est pas une situation anecdotique. C'est un angle mort systémique, qui touche des milliers d'AF partout en France. La question a été remontée à plusieurs reprises au CNAS, sans que la problématique ne soit réellement prise en compte à ce jour.

C'est précisément pour contourner cette invisibilité institutionnelle que Graines de Souvenirs a du sens : une structure dédiée, pensée dès le départ pour les familles d'accueil, qui ne calque pas ses critères sur des règles conçues pour d'autres.

L'origine du projet : un sondage, une validation, une conviction

Il y a quelques mois, j'ai lancé un sondage auprès d'assistants familiaux pour mieux cerner leurs besoins. Le résultat était sans ambiguïté : l'accès à des loisirs à tarif réduit ou gratuits est arrivé en tête des attentes.

Ce résultat n'était pas une surprise — j'avais déjà commencé à travailler sur ce sujet. Mais il a confirmé que l'attente était réelle, partagée, et urgente.

L'an dernier, j'ai également eu l'occasion de tester l'idée lors d'un salon CSE, auprès de professionnels du secteur. Les retours ont été positifs, et les premiers contacts établis sont prometteurs.

C'est de cette réflexion qu'est né le projet Graines de Souvenirs.

Le projet : une association nationale gérée par des AF

Graines de Souvenirs est un projet d'association à but non lucratif, portée par et pour les assistants familiaux, avec un objectif simple : permettre aux enfants placés en famille d'accueil d'accéder à des sorties gratuites ou à très faible coût — matchs de foot, spectacles, parcs de loisirs, musées, concerts, cinéma...

Le modèle envisagé repose sur deux piliers :

1. Une cotisation annuelle modeste pour les AF membres Autour de 10 €/an, permettant d'accéder à la plateforme et aux offres disponibles. Les modalités exactes (prix, nombre de billets par famille, critères d'attribution) seront définies collectivement par les membres fondateurs.

2. Des partenariats avec des entreprises et des acteurs culturels et sportifs Les entreprises partenaires font don de places (billets invendus, places réservées) à l'association. En échange, elles bénéficient d'un avantage fiscal significatif — détaillé ci-dessous.

Une maquette du site est déjà disponible à titre de démonstration : grainesdesouvenirs.org (démo non fonctionnelle — elle illustre la vision du projet)

Cet article vous a ete utile ? Offrez-moi un cafe ☕

Votre soutien m'aide a continuer a publier des guides gratuits sur ass-fam.org.

Pourquoi les entreprises auraient intérêt à jouer le jeu ?

C'est souvent la première question que l'on pose. La réponse est dans le droit fiscal français — et elle est particulièrement avantageuse pour les structures qui ont des places invendues.

Des places invendues : de 0 € à un gain fiscal réel

Un billet non vendu la veille d'un match ou d'un spectacle ne rapporte rien. La place disparaît, la recette aussi. C'est la réalité de beaucoup de clubs sportifs, salles de spectacle, parcs de loisirs ou cinémas.

En donnant ces places à Graines de Souvenirs plutôt que de les laisser vides, l'entreprise ou le club transforme un invendu à 0 € en avantage fiscal concret. Ce n'est pas "ça coûte moins cher" — c'est un gain net par rapport à ne rien faire.

Le mécanisme du mécénat d'entreprise (article 238 bis du CGI)

Lorsqu'une entreprise fait un don à une association reconnue d'intérêt général, elle bénéficie d'une réduction d'impôt sur les sociétés (IS) égale à 60 % du montant du don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre d'affaires hors taxes (ou 20 000 € si ce plafond est plus favorable, depuis la loi de finances 2020).

Concrètement, sur des places invendues :

Places données Valeur faciale Avantage fiscal (60%) Recette sans le don
10 places à 10 € 100 € 60 € 0 €
10 places à 20 € 200 € 120 € 0 €
10 places à 50 € 500 € 300 € 0 €

La logique est imparable : sans le don, ces places rapportent zéro. Avec le don, l'entreprise génère un avantage fiscal réel — sans débourser un centime supplémentaire.

Un argument RSE concret — et un investissement dans leur public de demain

Au-delà de l'avantage fiscal, soutenir Graines de Souvenirs offre aux entreprises partenaires une communication RSE authentique : elles contribuent directement à l'accès à la culture et aux loisirs pour des enfants en situation de vulnérabilité. C'est mesurable, local, et humain.

Mais il y a un argument supplémentaire, moins évident et pourtant très concret : ces enfants sont leurs clients de demain.

Un jeune qui n'a jamais mis les pieds dans un stade a peu de chances d'y aller à l'âge adulte. Un enfant qui n'a jamais été au cinéma, au musée ou à un spectacle n'en prendra pas l'habitude spontanément. À l'inverse, un enfant qui a vécu ces expériences dans sa jeunesse — même une seule fois — développe une familiarité, un attachement, parfois une passion. Il y retournera. Il emmènera ses propres enfants.

Pour un club sportif, une salle de spectacle ou un parc de loisirs, offrir des places à des enfants placés en famille d'accueil, c'est aussi créer de futurs spectateurs, de futurs abonnés, de futurs clients fidèles. Ce n'est pas de la philanthropie pure — c'est un investissement à long terme dans l'élargissement de leur public.

Ce que je peux faire — et ce que je cherche

Je peux prendre en charge la partie technique : développement et maintenance du site, mise en place des outils numériques, architecture de la plateforme. Je peux également m'occuper de la partie administrative de constitution de l'association.

Mais ce projet ne peut pas — et ne doit pas — reposer sur une seule personne.

Je cherche des co-fondateurs AF, partout en France, prêts à consacrer quelques heures par mois à ce projet. Pas davantage. Mais avec une vraie implication.

Les besoins sont variés :

  • Démarchage : contacter des entreprises, clubs sportifs, salles de spectacle locales pour établir des partenariats
  • Comptabilité : gérer la trésorerie et les obligations comptables de l'asso
  • Référencement des offres : saisir et mettre à jour les événements disponibles sur la plateforme
  • Promotion : faire connaître l'association auprès des AF dans votre département
  • Gouvernance : participer aux décisions collectives — cotisation, règles d'attribution, tarifs, orientations stratégiques

Cette association doit être gérée par ses membres. Les grandes orientations — combien coûte la cotisation, combien de billets par famille, comment on attribue les places, gratuité ou petit prix — tout ça se décidera ensemble, démocratiquement.

Vous êtes intéressé(e) ?

Si ce projet vous parle — que vous soyez AF depuis 2 ans ou 20 ans, que vous soyez dans le Nord ou en PACA — je veux vous entendre.

Contactez-moi via le formulaire de contact, ou directement par message sur la page Facebook d'ass-fam.org ou dans les commentaires. Expliquez-moi en quelques lignes ce qui vous attire dans le projet, et ce que vous pourriez apporter.

On construira ça ensemble, à notre rythme, pour que ces enfants aient enfin accès aux mêmes souvenirs que les autres.

Et demain ? L'ouverture vers les vacances

Le projet démarre sur les loisirs ponctuels — billets de spectacle, matchs, sorties culturelles. Mais le mécanisme peut aller bien plus loin.

On peut tout à fait imaginer, dans un second temps, des partenariats avec des campings ou des parcs résidentiels de loisirs qui proposeraient des semaines en mobile home non vendues. La logique est exactement la même : une semaine inoccupée ne rapporte rien — 0 €. En la donnant à l'association, le camping récupère 60 % de la valeur en réduction d'impôt. Et des enfants placés partent en vacances.

Le choix pour un camping est simple : laisser la semaine vide à 0 €, ou la donner et récupérer un avantage fiscal réel — avec en prime une communication RSE locale et sincère.

Ce n'est pas encore à l'ordre du jour — il faut d'abord poser les bases. Mais c'est une perspective réaliste, et elle montre que le modèle est extensible bien au-delà des billets de match.

Julien Fondateur d'ass-fam.org