Droits & obligations
Cumul emploi-retraite 2027 : les assistants familiaux, grands oubliés de la réforme

Au 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite change de logique. Derrière une réforme présentée comme technique se cache un risque majeur pour la protection de l'enfance : la disparition de l'une des rares incitations qui maintenaient en poste les assistantes et assistants familiaux les plus expérimentés. Décryptage, et une demande.
Ce qui change au 1er janvier 2027
Le cumul emploi-retraite (CER) permet à une personne ayant liquidé sa retraite de poursuivre ou de reprendre une activité tout en touchant sa pension. Jusqu'à présent, deux régimes coexistaient : le cumul intégral (sans plafond, pour les retraités à taux plein) et le cumul plafonné (revenus limités à 160 % du SMIC ou au dernier salaire).
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, article 102) supprime cette distinction. À compter du 1er janvier 2027, un seul critère compte : l'âge. Le nouvel article L. 161-22 du Code de la sécurité sociale prévoit trois situations :
- Avant l'âge légal (64 ans), par exemple en cas de carrière longue : la pension est réduite à hauteur de la totalité des revenus d'activité, dès le premier euro. Le cumul n'a plus aucun intérêt financier.
- Entre 64 et 67 ans : la pension est réduite de la moitié des revenus d'activité qui dépassent un seuil (fixé par décret, de l'ordre de 7 000 € par an). En clair, au-delà de ce seuil, un euro gagné se traduit par un demi-euro de pension en moins.
- À partir de 67 ans : le cumul redevient intégral et sans plafond. C'est la seule situation totalement préservée.
Point essentiel : ces règles ne s'appliquent qu'aux personnes dont la première pension prend effet à compter du 1er janvier 2027. Les professionnels déjà retraités et en activité conservent les règles actuelles. La réforme ne produira donc pas ses effets d'un seul coup : elle frappera, génération après génération, tous ceux qui atteindront l'âge de la retraite à partir de 2027.
Autre perte, plus discrète : entre 64 et 67 ans, les cotisations versées n'ouvriront plus de nouveaux droits à retraite, un avantage pourtant créé par la réforme de 2023. On cotise, mais « à perte ».
💡 L'indemnité d'entretien n'entre pas dans le calcul
Sur le bulletin de paie d'un assistant familial, tout n'est pas du salaire. L'écrêtement de la pension ne porte que sur la rémunération, c'est-à-dire la part soumise à cotisations sociales. L'indemnité d'entretien et fournitures, qui rembourse les frais engagés pour l'enfant (nourriture, hébergement, hygiène, loisirs, art. D. 423-21 du CASF), n'a pas le caractère de salaire et n'est pas soumise à cotisations. Elle n'a donc pas vocation à entrer dans le revenu d'activité retenu pour réduire la pension.
Entre dans le calcul (salaire) : rémunération de base d'accueil, majoration pour sujétion(s), indemnité compensatrice ou d'attente, indemnité de congés payés.
N'entre pas dans le calcul (remboursements de frais) : indemnité d'entretien et fournitures, allocations d'habillement, argent de poche, fournitures scolaires.
Le cumul intégral, un pilier discret de l'accueil familial
Pourquoi cette réforme nous concerne-t-elle directement ?
Aujourd'hui, un assistant familial qui atteint le taux plein peut liquider sa retraite et continuer à accueillir en percevant l'intégralité de sa pension et l'intégralité de son salaire. Pour un professionnel attaché aux enfants qu'il suit depuis des années, c'était une vraie raison de poursuivre : un complément de revenu légitime, à l'âge où beaucoup d'autres métiers s'arrêtent.
Ce n'est pas un hasard si la profession bénéficie, depuis 1984, d'un régime dérogatoire en matière de cumul emploi-retraite, qui autorise les assistants maternels et familiaux à faire valoir leurs droits à la retraite tout en continuant d'accueillir. Le législateur a, de longue date, reconnu la spécificité de ces métiers du lien. La réforme de 2027 efface cette logique d'un trait de plume.
Pourquoi les assistants familiaux sont en première ligne
Aucune profession n'est aussi exposée que la nôtre, pour une raison simple : c'est l'une des plus âgées de France.
Selon l'enquête nationale de la DREES (Études et Résultats n° 1291, décembre 2023, données 2021) :
- 75 % des assistants familiaux ont 50 ans ou plus (contre 32 % de l'ensemble des personnes en emploi) ;
- un quart a 60 ans ou plus ;
- l'âge médian est de 55 ans, et l'âge moyen des AF employés par les conseils départementaux avoisine 54 ans en 2023.
Plus d'un assistant familial sur dix a déjà 64 ans ou plus, soit, sur les quelque 38 000 professionnels en exercice, de l'ordre de 4 500 personnes directement concernées par les nouvelles tranches d'âge de la réforme.
Or ces 38 000 professionnels accueillent près de 75 000 mineurs et jeunes majeurs, c'est-à-dire environ 40 % de tous les enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance. Chaque assistant familial qui s'arrête, c'est en moyenne deux enfants pour qui il faut trouver une autre solution, dans un système déjà saturé, où les places manquent cruellement.
L'angle mort de la réforme : une liste dérogatoire dont nous sommes absents
La réforme n'a pas oublié tout le monde. L'article L. 161-22 du Code de la sécurité sociale prévoit une dérogation : certaines professions pourront continuer à cumuler intégralement leur pension et leurs revenus, même avant 67 ans. Cette liste, renvoyée à l'article L. 161-22-1-2, vise notamment :
- les marins (régime des transports) ;
- les artistes du ballet de l'Opéra national de Paris ;
- d'anciens agents relevant du régime de retraite des mines, et quelques autres régimes spéciaux.
Les assistants familiaux n'y figurent pas. Une profession qui prend en charge 40 % des enfants protégés de France, qui bénéficie d'un régime dérogatoire depuis 1984, et qui traverse une crise démographique sans précédent, ne fait pas partie des métiers que le législateur a jugé bon de préserver, quand le ballet de l'Opéra de Paris, lui, l'est.
Ce n'est pas une question d'argent pour l'État, c'est une question de priorités.
Le risque concret : des enfants sans solution d'accueil
L'objectif affiché du gouvernement, environ deux milliards d'euros d'économies d'ici 2030, repose sur un pari : durcir le système pour pousser les seniors à travailler plus longtemps. Pour la plupart des secteurs, les directeurs des ressources humaines eux-mêmes n'y croient pas, car la majorité des salariés liquident dès le taux plein atteint et quittent le marché du travail.
Pour l'accueil familial, ce pari est encore plus perdant. Un assistant familial proche de la retraite n'a, demain, plus aucun intérêt financier à poursuivre ses accueils entre 64 et 67 ans : la moitié de ce qu'il gagne au-delà d'un seuil modeste lui sera reprise sur sa pension, et il cotisera sans acquérir de nouveaux droits. Beaucoup feront le choix de s'arrêter.
Si la génération des 4 500 et plus professionnels de 64 ans et davantage cesse d'accueillir faute d'incitation, ce sont potentiellement 9 000 enfants qu'il faudra reloger, alors même que les départements peinent déjà à trouver des familles d'accueil. Et la mécanique se répétera chaque année, à mesure que de nouvelles cohortes atteignent l'âge de la retraite.
L'État espère économiser deux milliards. Il risque de fragiliser un peu plus un pan entier de la protection de l'enfance, et de devoir financer, en urgence et à grands frais, des solutions de remplacement (établissements, accueils d'urgence, placements hors département).
Oui, nous aimons notre métier. Non, nous ne le ferons pas gratuitement.
On nous répondra que les assistants familiaux exercent par vocation, qu'ils n'abandonnent pas un jeune suivi depuis des années, surtout à deux ou trois ans de sa majorité. C'est vrai. Mais est-il normal de leur demander de le faire bénévolement ?
La vocation ne paie pas les factures. À force de compter sur l'attachement des professionnels pour combler les trous d'un système sous-financé, on précipite la fin d'un métier dont le nombre diminue déjà d'année en année, et dont la moyenne d'âge ne cesse de grimper.
Notre demande : une dérogation sectorielle pour les assistants familiaux
Deux portes existent dans le texte de loi. La première est la liste de l'article L. 161-22-1-2. Elle ne vaut que pour des pensions versées par des régimes spéciaux (marins, Opéra, mines, militaires) : un assistant familial, retraité du régime général et de l'Ircantec, n'y entrerait qu'au prix d'une réécriture de la loi. La seconde est plus directe : l'article L. 161-22 permet de ne pas compter les revenus d'une « activité d'intérêt général ou concourant à un service public », dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État. Ce décret n'est pas encore paru.
Nous demandons que les assistants maternels et familiaux y soient expressément inscrits. Accueillir chez soi un enfant confié par le Département, c'est concourir au service public de la protection de l'enfance. Les AF pourraient ainsi continuer à cumuler intégralement pension et rémunération entre 64 et 67 ans, comme c'était l'esprit du régime dérogatoire dont ils bénéficient depuis 1984.
Nous ne nous faisons pas d'illusions sur la difficulté. En février 2026, en réponse à une question écrite du sénateur Hervé Marseille, le gouvernement a estimé qu'il n'était « pas envisageable » de prévoir une dérogation spécifique aux assistants maternels et familiaux (la question portait sur le plafond d'acquisition de nouveaux droits en cumul emploi-retraite), ajoutant que les dispositifs dérogatoires devaient rester exceptionnels. Raison de plus pour porter cette exigence collectivement, dès maintenant, avant que la réforme ne produise ses effets.
Une ouverture existe pourtant. Le 1er octobre 2026, en réponse à une question écrite du sénateur Loïc Hervé, le gouvernement a rappelé cette possibilité d'exemption par décret et s'est dit « attentif aux conséquences de la réforme » sur « les services essentiels et les secteurs confrontés à des tensions de recrutement ». L'accueil familial coche les deux cases. À nous d'obtenir qu'il soit écrit dans le décret.
Le maintien des assistants familiaux expérimentés en poste ne coûte presque rien à l'État au regard de ce que coûterait leur remplacement. C'est une mesure de bon sens, et de protection de l'enfance.
Passez à l'action
La réforme est déjà votée. Mais rien n'est figé. Le décret d'application n'est pas paru, et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 est examiné à l'automne 2026. Le gouvernement peut encore inscrire les assistants familiaux parmi les activités exemptées (art. L. 161-22 du Code de la sécurité sociale), et le Parlement peut l'y contraindre par amendement. Pour faire bouger les lignes, il faut faire entendre notre voix. Voici deux gestes, du plus rapide au plus efficace.
1. Signez la pétition (une minute suffit)
C'est le geste le plus simple. En moins d'une minute, sans rien à rédiger, vous ajoutez votre nom à la mobilisation et vous nous aidez à peser dans le débat. Plus nous serons nombreux, plus notre demande sera difficile à ignorer.
2. Interpellez votre député (le plus efficace)
C'est l'action qui compte le plus, car ce sont les parlementaires qui peuvent déposer ou cosigner un amendement. Quelques minutes de votre temps peuvent vraiment faire la différence. Voici comment faire.
À qui écrire ?
- Votre député·e, en priorité, car c'est lui (ou elle) qui peut déposer ou cosigner un amendement.
- Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités (le cumul emploi-retraite relève de son ministère).
- Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance (au titre de la protection de l'enfance).
- Vous pouvez aussi écrire à votre sénateur·rice, le Sénat examinant également le PLFSS.
Nous avons préparé un outil pour vous aider à passer à l’action : entrez votre commune, retrouvez l’adresse e-mail de votre député, puis ouvrez un message déjà rédigé que vous pourrez personnaliser avant de l’envoyer.
Partagez ! Plus nous serons nombreux à écrire, plus la demande sera entendue. Transmettez cet article à vos collègues, à votre association départementale, à vos proches.
ass-fam.org, information et défense des assistants familiaux.
Sources : loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (LFSS 2026), art. 102 ; Code de la sécurité sociale, art. L. 161-22 et L. 161-22-1-2 ; DREES, Études et Résultats n° 1291, « Les assistants familiaux en 2021 », décembre 2023 ; Service-Public.fr, « De nouvelles règles pour le cumul emploi-retraite à partir de 2027 » ; réponse ministérielle à la question écrite n° 09052, JO Sénat du 1er octobre 2026.
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Merci pour cette pétition pour faire respecter nos droits
Nous sommes toujours les grands oublies. Faut que ca change.
Je viens d’envoyer un mail à mon député où j’ai également expliqué ce que nous vivions au quotidien !