Il y a des difficultés du métier dont on parle dans les réunions, et d'autres dont on ne parle jamais parce qu'elles ne rentrent dans aucune case. Le mercredi fait partie de la seconde catégorie.

Ce n'est ni un problème d'argent, ni un problème de droit. C'est un problème d'emploi du temps, et c'est pour cette raison que personne ne s'en occupe. Pourtant, chaque rentrée, il décide de ce que des milliers d'enfants confiés pourront faire ou non de leur année.

📋 Sommaire de l'article

Deux logiques parfaitement sensées, qui s'annulent l'une l'autre

Les droits de visite sont très souvent fixés le mercredi. La raison est excellente : ne pas faire manquer l'école à l'enfant, et lui permettre de voir ses parents sur un temps calme, sans la fatigue du soir.

Les activités extrascolaires ont lieu, elles aussi, le mercredi. La raison est tout aussi excellente : c'est le jour où les clubs ouvrent leurs créneaux pour les enfants.

Chacune de ces deux décisions est juste. Prises ensemble, elles rendent l'organisation impossible. Et il faut le dire clairement dès le départ, parce que c'est ce qui rend le sujet délicat : le droit de visite n'est pas un obstacle qu'il faudrait contourner. Voir ses parents est un droit fondamental de l'enfant, garanti par l'article 375-7 du code civil et par la Convention internationale des droits de l'enfant. Il ne s'agit donc jamais d'opposer la famille au club de foot.

Il s'agit d'autre chose : de constater que deux besoins légitimes de l'enfant sont programmés au même moment, par deux acteurs qui ne se parlent pas, et que la personne chargée de résoudre l'équation est celle qui n'a aucun pouvoir de décision sur l'un des deux termes.

Quand vous accueillez deux ou trois enfants, l'équation devient insoluble

Avec un seul enfant, on s'arrange. Le problème change de nature dès le deuxième accueil, et beaucoup d'assistants familiaux en accueillent trois.

Les situations s'empilent, et chacune est banale prise isolément :

  • le droit de visite du premier enfant tombe exactement pendant l'entraînement du deuxième ;
  • deux enfants veulent faire deux sports différents, à la même heure, dans deux communes différentes ;
  • l'un a besoin d'être conduit, l'autre d'être récupéré, et les deux créneaux se chevauchent de vingt minutes ;
  • un rendez-vous médical ou un suivi psychologique se glisse au milieu, et il n'est pas déplaçable.

Aucune de ces situations n'est prévue par un document. Ni le contrat d'accueil, ni le projet pour l'enfant lorsqu'il existe, ni la décision du juge ne disent ce qu'il faut faire quand deux enfants de la même maison ont besoin d'être à deux endroits en même temps.

Alors quelqu'un tranche. Et ce quelqu'un, c'est vous.

Celui qui s'entraîne toute l'année et ne joue jamais

Le sport en compétition ajoute son absurdité propre, et c'est peut-être la plus douloureuse pour l'enfant.

Vous l'inscrivez en septembre. Il s'entraîne toute l'année, sérieusement. Et il ne joue pas. Parce que les matchs ont lieu le samedi ou le dimanche, et que le week-end, il est chez ses parents, parfois à des dizaines de kilomètres.

Il fait partie d'une équipe sans jamais entrer sur le terrain avec elle. Il connaît les gestes mais pas la compétition, les coéquipiers mais pas les déplacements, le vestiaire mais pas le résultat. Au bout de quelques mois, beaucoup d'enfants arrêtent d'eux-mêmes. Non pas parce que le sport ne leur plaisait pas, mais parce qu'ils ont compris qu'ils n'iraient jamais au bout.

Il faut savoir que sur ce point précis, le droit ne bloque rien. Le guide ministériel de mars 2026 sur l'exercice de l'autorité parentale range explicitement la participation à une compétition, le stage sportif avec nuitée et le choix des transports parmi les actes usuels, qui ne nécessitent aucun accord parental. Ce qui bloque n'est donc pas juridique : c'est un calendrier que personne n'a pensé ensemble.

Le calendrier qui change en novembre

Vient enfin la situation la plus injuste, et la moins connue de ceux qui décident.

Vous inscrivez un enfant en septembre. Pour l'année, parce que c'est ainsi que fonctionnent les clubs. Vous avez organisé la semaine en fonction du calendrier de visites en vigueur, vous avez peut-être avancé la licence de votre poche.

En novembre, le calendrier change. Une audience, une évolution de la situation familiale, une réorganisation du service : les raisons sont souvent légitimes. Mais l'activité tombe désormais un jour impossible.

L'enfant quitte son club en cours de saison. La licence est perdue, elle n'est pas remboursée. Et si vous l'avez avancée, personne ne vous la rendra.

Autrement dit : vous supportez seul le risque financier d'une décision que vous n'avez pas prise, et sur laquelle vous n'avez pas été consulté. Aucun autre professionnel de la protection de l'enfance n'est placé dans cette situation.

Cet article vous a ete utile ? Offrez-moi un cafe ☕

Votre soutien m'aide a continuer a publier des guides gratuits sur ass-fam.org.

Personne ne tranche à votre place, et c'est le vrai problème

Résumons ce qui se passe réellement quand deux besoins se heurtent.

Le juge fixe le droit de visite, sans connaître le calendrier sportif. Le service organise les rencontres, sans savoir qui s'entraîne quand. Le club fixe ses créneaux, sans rien savoir de la situation de l'enfant. Et l'assistant familial, qui est le seul à voir l'ensemble, n'a de pouvoir sur aucun des trois.

Il ne lui reste qu'une chose à faire : choisir quel enfant renoncera. Puis le lui expliquer. Puis, souvent, l'expliquer à ses parents, qui peuvent y voir un manque d'intérêt pour leur enfant.

C'est un transfert de responsabilité considérable, et il est totalement invisible. Il ne figure sur aucune fiche de poste, ne donne lieu à aucune reconnaissance, et n'apparaît dans aucun bilan. Il se règle en silence, dans les voitures, entre 16 h 30 et 18 h.

Ce qui peut réellement aider

Il n'existe pas de solution miracle, mais il existe des leviers concrets, et ils fonctionnent mieux quand on les active en septembre plutôt qu'en février.

Faire inscrire l'activité au projet pour l'enfant

C'est le levier le plus puissant, et le plus négligé. Le projet pour l'enfant, obligatoire depuis la loi du 14 mars 2016, doit comporter un volet consacré à « la scolarité et la vie sociale de l'enfant » (article D223-15 du code de l'action sociale et des familles). Une activité extrascolaire y a toute sa place.

Une activité écrite au projet change complètement le rapport de force. Elle cesse d'être une préférence d'organisation de l'assistant familial pour devenir un élément du parcours de l'enfant, que l'on doit prendre en compte avant de modifier un calendrier. Cela ne garantit rien, mais cela oblige à en parler.

Demander à être associé aux décisions de calendrier

Depuis le 1er septembre 2022, l'article L421-17-2 du même code prévoit que l'assistant familial « participe à l'élaboration et au suivi du projet pour l'enfant ». Ce texte n'impose pas, à lui seul, de vous consulter avant chaque modification d'un droit de visite. Mais il fonde une demande légitime : celui qui organise concrètement la semaine de l'enfant devrait être entendu avant qu'on la réorganise.

Formulez-la simplement, par écrit, en début d'année : demandez à être informé et consulté avant toute modification du calendrier en cours de saison sportive. Une demande écrite, tracée, obtient beaucoup plus souvent gain de cause qu'une remarque en réunion.

Parler au club, vraiment

C'est le levier le plus sous-estimé. Beaucoup de clubs, surtout les petits, acceptent des aménagements dès lors qu'on leur explique la situation sans entrer dans les détails de la vie de l'enfant : changement de créneau, participation aux matchs à domicile uniquement, report de licence sur la saison suivante, paiement échelonné, voire remboursement partiel en cas d'arrêt en cours d'année.

Un entraîneur prévenu en septembre qu'un enfant ne pourra pas faire tous les déplacements ne le mettra pas de côté. Un entraîneur qui découvre trois absences non expliquées, si.

Signaler le conflit avant qu'il ne se produise

Au moment de l'inscription, envoyez un courriel à votre référent qui indique le jour et l'heure de l'activité, et signale le risque de chevauchement avec les visites. Vous ne demandez rien d'extraordinaire : vous informez, et vous datez cette information.

Le jour où le calendrier change, ce message existe. Il transforme une contrariété personnelle en un point de suivi documenté, et il est beaucoup plus difficile de le balayer.

Anticiper la question de l'argent

Enfin, ne payez pas de votre poche par facilité. Les activités culturelles ou sportives spécifiques ne relèvent pas de votre indemnité d'entretien : elles doivent être prises en charge au titre du projet de l'enfant. Nous détaillons ce que dit exactement le code, et comment demander cette prise en charge, dans notre article sur le financement des activités extrascolaires des enfants placés.

Ce que cela dit du métier

On présente souvent le mercredi comme un détail d'intendance. Ce n'en est pas un.

Pour un enfant dont le parcours a été chaotique, appartenir à une équipe, retrouver les mêmes visages chaque semaine et progresser à quelque chose n'est pas un supplément de confort. C'est parfois le seul endroit de sa vie où il n'est pas « l'enfant placé », mais le gardien de but, la danseuse du troisième rang, celui qui joue de la batterie.

Et la personne qui rend cela possible, qui organise, qui conduit, qui négocie avec le club et qui arbitre entre trois enfants le mercredi après-midi, n'a jamais été invitée à la réunion où l'on a fixé le calendrier.

C'est peut-être là qu'il faudrait commencer.